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BOLIVIE- CORDILLERA REAL

 
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Posté le: Sam Sep 23, 2017 7:00 pm    Sujet du message: Ads

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JCV
Site Admin


Inscrit le: 14 Fév 2007
Messages: 1585

MessagePosté le: Ven Mai 07, 2010 6:06 am    Sujet du message: BOLIVIE- CORDILLERA REAL Répondre en citant

Davide toujours en Bolivie, n'arrive pas se connecter au forum et me demande donc de poster ceci ok

Bolivie-Cordillera Real


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« Daniela »
Jesus Quispe - Davide Vitale

La voie grimpe une belle paroi de roche granitique au sud du fameux Huayna Potosi. Vue grandiose sur les séracs, ambiance incroyable. L’escalade alterne des passages amusants sur rocher solide a des parties « de raccord » sur rocher toujours excellent mais recouvert de répugnants débris instables. Se protéger le crâne en conséquence.

Diff. : II-III
Longueur : 300 mètres la partie rocheuse
Materiel : coinceurs, sangles, clous fins. Piolet et crampons.
Horaire : 3h pour l’attaque, 3 d’escalade, 3 de descente.

Accès :


De la localité Represa Zongo, accessible en bus depuis El Alto (autobus a 4.30 p.za Ballivian), marcher sur le frequenté sentier de la normale de l’Huayna Potosi jusqu’à la localité Glaciar Viejo (front du gl.).

Abandonner les files de guides avec touristes bien roulées á la clef, by-passer par la droite (pierrier) un premier saut crevassé et rentrer sur le glacier (râpe a fromage de crevasses, attention). Le long de la longue langue on arrive sous la paroi. La voie remonte le second canal à gauche d’un grand dièdre blanc d’un côté et rouge de l’autre. Attaque dans une cheminée blanche.

La voie:

Pour des raisons de matériel (on n’avait qu’une corde de 30) et de sécurité (lire placer des relais décents) on a grimpé une grande partie de la voie en corde tendue. La description est donc approximative, mais le parcours est toujours absolument intuitif car direct.

Grimper la belle cheminée blanche pour continuer dans le canal plus abattu. Un embêtant saut rocheux vient le fermer, le grimper d’abord directement (fissure cheminée vicieuse mais protégeable) et ensuite en s’échappant par la droite.
Nouvelle section de canal facile et parfois pierreux, puis une cinquantaine de mètres de dalles rouges, rochers blancs articulés, un dernier ressaut noir et amusant et on sort sur un replat rocheux artificiellement choisi comme sommet du jour. Panorama magnifique, bière du sommet, photo-souvenir.

Descente : par un langue de neige raide, puis des moraines et minis sauts rocheux (dévier légèrement á droite) jusqu’á un vallon qui ramène au glacier.

Note : le soleil sort sur la paroi vers 6h du matin
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davide



Inscrit le: 28 Avr 2007
Messages: 260

MessagePosté le: Dim Sep 25, 2011 5:28 pm    Sujet du message: Répondre en citant

On part à minuit. Le son intermittent de l’autoradio du miteux taxi de Jesus Quispe donne une saveur nostalgique aux toutes dernières nouveautés du reggaeton international. Le motoroto, néologisme forgé par mon inventif élève pour désigner un système mécanique maintenu en vie avec la respiration artificielle, toussote un peu sur la riche artère commerçante de l’avenida « 16 de Julio », qui héberge deux fois par semaine le plus grand marché du pays, cœur fonctionnel de l’économie de l’Altiplano.
Ensuite, vue la dégradation de la qualité de la route, notre vitesse et par conséquent l’irritabilité de l’ennuyeuse machine, diminuent. On traverse les quartiers septentrionaux d’El Alto, immense périphérie indienne de La Paz, des pâtés réguliers de cubes de terre et de tôle ou de sinistres épouvantails pendus aux poteaux électriques avertissent les voleurs potentiels de la disposition d’esprit peu compréhensive des habitants envers eux. « Ladron pillado sera colgado, ratero sorprendido sera quemado vivo ». La justice communautaire, c’est-à-dire le lynchage légalisé des petits délinquants, est une barbarissime mais efficace forme de répression préventive de la criminalité, surtout lorsqu’elle sert à masquer des règlements de comptes entre bandes rivales de cocaïniers.
Il fait un froid de chien, et la veste de cuir-noir-de-vrai-gros-dur enfilée en prévision de la danse prévue le lendemain avec Daniela, ne se révèle pas des plus réchauffantes. On sort enfin de la ville, dans les parages d’un édifice qui, par propagande ou plus vraisemblablement sarcasme, est appelé par le gouvernement Morales dépurateur d’eau potable. La route empierrée pour la mine de Milluni devient si possible encore plus cabossée et on rentre en légère montée dans l’océan d’herbe qui nous sépare des pieds de la montagne. La vue des millions d’étoiles au-dessus de nous et des lumières des maisons dans la vallée nous arrache quelques instants de stupeur enfantine, émerveillée, après quoi on revient à notre discussion originelle, à savoir l’attribution scientifique et indiscutable d’une cote à l’aspect extérieur, antérieur comme postérieur, de quelques copines. La voiture s’arrête brusquement, la batterie, et on la réanime avec un usage aussi généreux qu’imprudent du ruban adhésif.
Selon la meilleure tradition, je fixe les bords du chemin qui s’échappent rapidement et mes pensées commencent à tournoidivaguer jusqu’à ce qu’elles se perdent dans un ensemble incohérent de lieux, amours et souvenirs… Je revois des tourmentés méandres de l’inconscient une marée de choses qui n’intéressent personne… Aujourd’hui j’ai été la chercher au boulot, je lui ai dit que j’allai rentrer tard, en indiquant la montagne… elle m’a dit « amuse-toi » et ça sonnait un peu comme « et redescend en un seul morceau »… et moi j’ai pensé de tout laisser tomber, la première, la journée de liberté durement gagnée… Un bruit sourd et une secousse me réveillent, suivis par un ensommeillé « carajo ».
-Perdon, me habia dormido.
-No quieres descansar un cacho ?
-No te preocupes titcher, tengo un remedio.
Le remedio, avalé pendant qu’on examine la nouvelle cicatrice qui vient augmenter la collection de mésaventures de la carrosserie du véhicule de monsieur Quispe, se révèle être un épouvantable mélange d’alcool de mandarine des Yungas et de coca-cola péruvien. Quelques gorgées de la prestigieuse liqueur réchauffent le ventre et remontent le moral, dommage que la mixture soit absolument répugnimmonde. Je m’efforce de cacher mes grimaces.
-Me gusta, gracias, je commente poliment avec un grand sourire forcé.
Jesus boit lui aussi, ne déglutit pas, se met à cracher avec énergie le liquide fraichement gouté et me regarde comme si j’étais idiot. Il hésite un peu, avec un demi-sourire, puis il lâche « Estaba podrido, me equivoqué… titcher sonso ».
L’affront est grave, « sonso » est l’équivalent dans les hauts plateaux du « bièsse » d’amon nos-ôtes. Défendant mon honneur d’homme du monde et ma dignité professorale, je réponds avec grande habileté en envoyant une série d’insultes sanglantes à l’encontre de Jesus et de son ascendance, féminine en particulier. La stimulante et vulgaire joute verbale se poursuit plusieurs minutes durant.
Dans l’atmosphère noirobscure et silencalmeuse, la seule lumière sur plusieurs kilomètres est celle des phares, s’agitent de terriblifiants monstres et terreurs de toutes sortes. Pour exorciser nos peurs ancestrales face à l’obscurité, on commence un passionnant échange d’histoires d’horreur, les condenados, spectres gelés des glaciales nuits andines, adeptes de l’anthropophagie et dotés d’une force surhumaine défient les hommes sauvages des forêts ardennaises, connus pour leur très cruelle torture dite du « sourire de l’ange ». D’irascibles monolithes volants issus de l’antique civilisation de Tiwanaku rivalisent avec des dolmens celticogaulois mobiles. Des fantômes, visibles uniquement en se mettant un œil de jeune chien noir en lieu et place du propre ou en se buvant douze bouteilles d’exécrable bière Paceña et de sordides assassinats de princesses enfermées dans d’austères châteaux médiévaux complètent l’inquiétant défilé.
Une erreur de parcours sous les pentes du Chacaltaya, sommité pierreuse arrondie qui héberge le plus haut laboratoire de physique au monde, nous oblige à mettre à l’épreuve les compétences du taxi comme tout-terrain. Epreuve réussie brillamment dans les ténèbres les plus totales. On est maintenant au cimetière des mineurs, plusieurs dizaines de tombes en pierres avec des noms indigènes inscrits dessus. Les dates de naissance et de mort indiquent généralement des vies très courtes. Les glaciers observent la scène avec la même froide indifférence que les alpinistes qui les fréquentent. Juste après les sépultures on arrive à la barrière du péage. Personne en vue, on essaie en vain de la contourner puis, résignés, on klaxonne.
Après seulement vingt minutes de coups de stridotrompette continuels, apparait enveloppé dans une couverture brune un fatigué caporal appelé Mamani Chura, comme on déduit de par la broderie cousue sur son uniforme. A moins que ce type ne s’appelle Chura Mamani, et que celle-ci ne soit l’uniforme d’un compagnon d’armes, empruntée malgré la rigide étiquette militaire. Ou qu’il n’y’ait eu une erreur dans les laveries de l’armée et qu’en réalité le type s’appelle Mamani Mamani (Chura Chura c’est difficile, les Mamani étant quatre fois plus nombreux que les Chura les probabilités sont bien plus réduites). Chose possible. Cette petite digression sur le nom du caporal, duquel en dernière analyse on ne peut même pas établir avec certitude la caporalité (et qu’il aurait été plus correct de définir comme « le soldat », ou mieux encore « l’homme habillé en caporal » toujours en se basant sur le postulat axiomique qu’une apparence poilue et rude désigne un individu de sexe masculin) sert à démontrer non seulement la difficulté, typique de l’idiosyncrasie existentialiste postphilosophique, à affubler une identité kierkegaardienne claire à un sujet étranger hétérositué, mais aussi et surtout à souligner comment l’incertitude est le sentiment qui avec le plus de véhémence s’impose à la personne, surtout touriste, qui a affaire à la police bolivienne. Les gardiens de l’ordre de cette partie du monde sont variables comme le temps. Ils peuvent être très aimables, t’indiquer la meilleure route et les principales attractions de la région, ou te confisquer ton passeport et t’infliger une amende en dollars équivalente à une semaine de paie.
-Diez pesos, maugrée le présumé caporal Mamani Chura, visiblement impatient de retourner au lit.
Je lui passe l’argent en croisant les doigts. Jesus a déjà rallumé le moteur. Mais le soldat de grade probablement caporalesque s’est aperçu de ma nature de gringo et nous arrête d’un geste, un éclair mauvais, entre l’avide et le rusé, dans le regard.
-De donde se vinieron pues ? demande-t-il d’une vois martiale et menaçante.
-De La Paz no mas nos vinimos je réponds humblement, en résistant à l’envie de lui faire remarquer qu’on ne pourrait venir de nulle part d’autre à moins de savoir voler ou sauter très haut et très loin.
Le gars qui probablement s’appelle Mamani Chura semble réfléchir un moment. A mon grand soulagement, un sourire éclaire son visage.
-Entonces saben quien ganó el partido.
-El Bolivar, tres goles a cero, je lui déballe, préparé et convaincu.
Le sourire s’élargit.
-Bueno, ya pueden ir.
On ne se le fait pas répéter deux fois. Jesus catapulte au loin le taxi, qui mérite pleinement le nom de « lobito veloz » qu’il porte imprimé sur le pare brise arrière et me demande :
-Cuando viste al partido ? Fuiste dando clase toda noche…
-Me inventé todo.
Désormais dans les montagnes, une grande croix en bois, régulièrement arrosée d’alcool par les chauffeurs pour se garantir un voyage sûr et serein nous indique qu’on est au col Zongo, porte d’accès de la vallée subtropicale du même nom et site d’un moderne barrage hydroélectrique. Deux constructions, le refuge rempli de guides, porteurs et clients et l’habitation d’un blond et sympathique glaciologue wallon. Il est [CENSORED] s heures. Dans la voiture garée, on boit un excellent chocosucrolat qui, dans les intentions de son auteur, aurait du être chaud et on se dispose à dormir deux heures, n’ayant aucune envie de sortir trop tôt dans le froid.
Quand on aspire à des escalades en montagne « d’un certain niveau », comme justement l’ouverture d’une nouvelle voie rocheuse dans la Cordillera Real, à part une méticuleuse préparation psychophysiologique digne d’Homer Simpson et une attentive étude de la topographie locale pour être sûr de ne pas se tromper de pic montagneux, une grande science diététique est requise dans les choix alimentaires. A ce propos je déconseille totalement un lourd souper à base de poulet frit, patates noires et haricots en sauce piquante. Comme on a fait tous les deux, pour le plus grand plaisir de nos appareils digestifs respectifs qui manifestaprotestent maintenant avec des émissions et bruits divers et variés. Les couvertures épaisses, que la température polaire nous oblige à garder au-dessus de la tête, rendent la situation encore plus désespérée. Si je relate ici cet épisode ce n’est certes pas pour le plaisir, immature et peu raffiné, d’évoquer nos désagréables et flatulentes contractions intestinales mais plus noblement dans le but de prévenir le néophyte des bouleversants dangers liés à l’assimilation de la nourriture en haute altitude.
A cinq heures moins le quart, sac bouclé, on ouvre la porte de l’auto, on exclame « mierda » et on retourne dedans.
A cinq heures on arrive à sortir et on se dirige, d’abord en utilisant les frontales et puis au clair de lune, vers le front du glacier qui descend de l’Huayna Potosi, nom qui indique un tas de langues glaciaires remplies de séraccocrevasses, corniches, parois, cascades de glace et arêtes de pierre granitique haut six mille mètres et des. Des pentes sommitales, battues par les avalanches et pleines de trous assez grands que pour engloutir un immeuble de banlieue, descend une large coulée solidifiée de délirants parallélocubes et de tourélancées de glace en équilibre précairinstable, dominée par une grosse calotte neigeuse et une barrière de roches rouges, appelée Pico de los Italianos. Par contre, après le grand chaos, la langue du glacier s’aplanit et s’allonge horizontalement vers l’aval sur une distance d’un kilomètre pour finir, avec un nouveau saut plus raide, par s’immerger dans un petit lac gris.
L’effet panoramique est grandiose… il est carrément tel que toute personne de bon sens ne peut qu’admirer au plus haut point les hommes de fer capables de se déplacer dans un environnement aussi hostile… sans fausse modestie bien entendu.
Ne pouvant marcher dessus comme son célèbre homonyme, Jesus longe rapidement les rives du lac, laissant les eaux gelées sur notre gauche. Un couloir pierreux entre des dalles lisses nous permet de contourner le front raide. S’ensuit une courte traversée sur moraine qui nous amène exactement sous la partie droite de la râpe à fromage de crevasses terminale. Pendant ce temps, l’aube arrive. Les pointes de granit deviennent violettes, puis jaunes et puis rouges. Jesus dit un tas de gros mots qui ne choquent personne, premièrement parce qu’il n’y’a personne pour les entendre mis à part le très distingué soussigné et deuxièmement parce qu’il ne s’agit pas de bêtes imprécations génériques mais bien de l’expression de l’émerveillement de l’esprit humain face à un tel spectacle naturel.
On chausse les crampons, on empoigne les piolets et, sous celle que le poète définirait la lumière dorée du petit matin et le physicien un bombardement de particules lumineuses, on s’aventure entre des crevasses d’un bleu profond et de fines dorsales de glace grise sale.
-Que lindo.
-Ya, hay que regresar con las chicas, approuve Jesus qui, bien qu’il n’ait jamais mis les pieds sur un glacier avant ce jour, a déjà compris comment la connaissance des merveilles naturelles minérales et de leurs beautés peut aider à la conquêtes d’autres merveilleuses beautés, bien plus vivantes cette fois.
A propos de merveilleuses beautés, maintenant Daniela doit déjà être debout. Aujourd’hui c’est jour de marché de et elle sort à cinq heures et demie chargée de sacs de chaussures de sport. Je pense à elle assise avec sa tante, attendant les premiers clients. Je voudrais être là-bas. Ou qu’elle soit ici. Avec ses yeux incroyables, sa sincérité, ses baisers timides et ses toutes petites mains.
En louvoyant entre les zones crevassées avec les sauts impressionnants qui en découlent, on parcourt toute la langue du glacier dans le sens de la longueur, en essayant dans les derniers passages de nous tenir hors de portée des séracs. Dans un petit replat neigeux, Jesus se met à marcher sur les mains et prétend un reportage photographique complet sur sa prouesse, objectivement remarquable.
La paroi du Pico est là, juste au-dessus de nos têtes. Grimper directement le gros pilier central est totalement en dehors de nos capacités limitées. Un couloir diagonal, à gauche, semble rejoindre le névé sous le ressaut final de la face. On essaie. Au pire on fait demi-tour. Pour ça on est très forts.
On traverse un morceau de pierrier décidément ennuyeux, observant avec satisfaction une chute de séracs pile dans la partie de glacier qu’on avait évitée.
Il est huit heures. Il fait déjà chaud. J’enlève les collants de laine de sous mes jeans, opération très délicate dans de la caillasse avec une forte tendance au mouvement. On mange, thon en boite et bonbons à la menthe. On s’encorde. Première longueur, une courte cheminée blanche dotée de bonnes prises. Concentration détendue. Bloc coincé, relais. Le couloir est en réalité une gorge friable avec, pour la plus grande joie du crâne de Jesus, plein de débris instables posés au fond, comprise entre deux parois rouges sursurplombantes et brillétincelantes de cristaux de mica. Un impressionnant et raide boyau ou l’on hurle des obscénités pour le goût de les entendre répétées par un écho multiple. On suit le canal sur deux longueurs. Le voici barré par un saut vertical d’une dizaine de mètres. Fissuré, sans doute, apparemment solide, mais verticalissime.
Je tape deux clous, et deux coinceurs un mètre au-dessus vu qu’on n’est jamais trop prudents. Jesus m’assure et me rassure. Je me tire vers le haut et de scandaleuses expressions scatologiques scandent la scabreuse escalade. Derrière moi je vois les gueules ouvertes des crevasses prêtes à me dévorer, réclamant d’un air famélique mon petit corps sans défense. Comble de la malchance, la roche refuse systématiquement les protections que j’essaie de foutre dedans, comme si c’était des réfugiés sahéliens aux portes de Gibraltar. L’affaire devient désagréable. J’arrive à force de contorsions d’équilibriste à me rétablir debout sur une marche, parfaitement stable mais incapable de monter comme de redescendre… l’idée de revenir à El Alto sans mes dents de devant me fait assez peur. Je ne crois pas que Daniela apprécierait. Je regarde mon poignet droit, ou il y’a quelques jours elle a écrit au bic « amor te quiero mucho » et moi, chose très romantiques et aussi fort peu hygiénique, je ne l’ai pas lavé depuis lors donc je continue de fixer ce poignet avec un sourire stupide au lieu de chercher une issue à mon inconfortable situation.
-Titcher… ahahehecha, dit Jesus.
-Qué ?
-A la derecha !
-A ver… THANK YOU !!
Un mètre à droite, la classique prise salvatrice me permet de traverser le souffle suspendu vers une petite brèche. Je libère avec quelques baffes une vire du gravier fin qui la recouvre et me renverse sur une spacieuse terrasse pleine de cailloux meubles. Je n’arrive pas à y construire un relais. Pas grave, y’a de la place. Je récupère Jesus à l’épaule. On continue en corde tendue, jouant avec de petits murets blancs et des plaques noires déchiquetées aux grattons noirs et déchiquetés dans cet entonnoir abnorme frigo géant. Un coinceur de temps en temps, d’autres plaques de caractéristiques carctérisantes similaires… on y est. Par une ouverture en V, semblable à un coup d’épée, on débouche sur le névé que je connais déjà, magnifique balcon sur les candides, tranquilles plateaux supérieurs. Satisfaction et soulagement. Tapes sur les épaules. Bière du sommet. Photos-souvenir.
Continuer jusqu’à la plus haute pointe de la montagne serait possible, mais on est tous les deux morts crevés. On s’en tire honorablement en nous inventant des engagements pris en ville pour l’après-midi. Ou, plus honnêtement, que ça a été amusant mais que maintenant on en a un peu plein le cul.
Ainsi, après une courte sieste, on enfile les névés raides et les dalles inclinées qui nous ramènent au glacier. Dans un long moment de pause entre deux ridicules étapes de marche Jesus me fait « Has dicho que si logramos a hacer una ruta nueva la llamamos como nos da la gana »
-Ya, claro.
-Su nombre de tu novia no mas tienes que darle. Nunca dejas de hablar de ella.
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