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Jaqusiri - Cordillera Real

 
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Posté le: Sam Sep 23, 2017 7:05 pm    Sujet du message: Ads

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davide



Inscrit le: 28 Avr 2007
Messages: 260

MessagePosté le: Mar Mar 29, 2016 6:54 pm    Sujet du message: Jaqusiri - Cordillera Real Répondre en citant


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La vallée d’Alto Cruz Pampa s’étend sur une quinzaine de kilomètres, froide, marécageuse, ample et peuplée de centaines de lamas et quelques rachitiques arbustes de t’ola, entre le village du même nom et les sommets de la Cordillère Royale. Aux deux-tiers de la vallée, un saut rocheux parcouru par une cascade marque la limite entre les roches

métamorphiques des sommets secondaires et le noyau granitique typique des plus hauts pics des Andes. Enfin, au fond, se trouve un immense demi-cercle de neige et de glace. Au sud s’élève le massif peu connu du Limasiña. Plein est, un col couvert de glaciers donne accès aux jungles humides de Larecaja. Au nord l’imposant Chachaqumani culmine à plus de 6000 mètres.

Un vastissime plateau glaciaire donne naissance à trois langues riches en séracs qui descendent vers les torrents blancs. Le nom de Chachaqumani vient de la langue Aymara. “Chacha” signifie homme et “Q’umiri” désigne le muletier, également appelé “donkey driver” par les agences de voyage. Il y’a de très nombreuses années un géant Jach’a-Tata aurait trouvé au milieu des glaciers d’incroyables richesses minérales. Chargeant son or sur sa mule, il s’appretait à regagner sa demeure. Mais les “Achachilas”, esprits protecteurs séculaires et ancêtres peuplant la région des neiges éternelles, n’apprécièrent guère l’intrusion sacrilège dans leur domaine.

Ils changèrent l’infortuné géant et sa pauvre et fidèle mule, dont ce n’était tout de même pas la faute, en pierre. Ce conte explique la forme bossue de la montagne et enseigne aux enfants qu’on ne déconne pas avec les “Achachilas”.

L’épaule méridionale du Chachacomani, une longue crête rocheuse hérissée de corniches, meringues et autres formations de glace fantaisistes, porte le doux nom de Jaqusiri.
C’est un nom de mauvais augure: en Aymara “Jaqusiña” signifie se coucher, mais aussi s’étaler, s’éffondrer ou lancer avec force. De fait, des restes d’avalanche visibles aux pieds de la face Ouest font hausser les sourcils, geste qui démontre en lui une forte émotion, à mon ami Jhonny Ticona. L’impassible indien, ex guérillero devenu directeur d’école, parcourt du regards les parois de glace, couloirs de neige et dalles lisses et caresse lentement les quelques poils de sa maigre moustache.
-Qué te parece ? Je lui demande.
-No es montaña para nenas. Esperamos al tio...

Celui que nous appelons avec respect “el tio”, l’oncle, est une légende vivante de l’andinisme bolivien. Roberto Rauch, né à Mittenwald il y’a plus d’un demi-siècle, auteur de folles premières du genre périlleux sur les faces sud les plus isolées de la cordillère, arbore une chevelure blanche et un large et confortable pantalon training de rappeur. Connu pour son appétit, il sourit sous son énorme sac tout en demandant si quelqu’un a encore un peu de fromage puant.

A la nuit tombante nous arrivons aux bords d’un petit lac ou s’immerge le front du grand glacier du Jaqusiri. De temps en temps, un bloc tombe dans l’eau et des vagues concentriques soulèvent des icebergs brillants. Nous cuisinons rapidement un abondant souper. Les pâtes sortent fumantes de la casserole. Une sauce de thon, tomate et beaucoup d’ail et des millions d’étoiles en font un plat délicieux dans l’obscurité froide.

A cinq heures nous marchons à travers le glacier. L’air est tranquille et le froid piquant. La neige et les ponts au dessus des crevasses sont bien gelés et assez rapidement nous sommes dans la rimaye peu ouverte aux pieds de la face. Jhonny baille et marmonne des réflections sur la pédagogie en milieu rural. Je fais sembalnt de l’écouter et grignote un reste de fromage puant. Roberto s’arme jusqu’aux dents d’outils d’alpinisme en terrain mixte. Ses piolets recourbés paraissent des sabres d’abordage et un bandeau rouge lui couvre le front. Il ressemble à un pirate des Caraïbes.

La première courte longueur escalade des dalles granitiques lisses. Roberto et Jhonny montent en faisant crisser les crampons. Ma corde se tend et je les suis. Avec maints pleurs et grincements de dents je les rejoins au relais. Je suis tombé trois fois pour gravir 15 mètres. Un rapide calcul arythmétique m’apprend qu’il reste donc 485 mètres à parcourir.

Heureusement la neige dure et la glace grise font leur apparition et agilisent notre pénible progression. Je commence même à m’amuser. Pour assurer notre cordée, Roberto construit des relais qui sont de véritables forteresses, employant jusqu’à six outils à la fois entre friends et coinceurs. Tout en approuvant ses bonnes intentions, l’instinct de survie distingue l’homme de la bête, je lui en veux un peu car, pour extirper de fissures toutes ces précieuses pièces métalliques, je dois sortir mes petits doigts de leurs doux gants de duvet.

Les longueurs raides se succèdent aux relais étroits. Pendant que l’oncle cherche la voie, qui semble tirer mantenant vers la droite pour éviter un ressaut rocheux, Jhonny et moi échangeons des nouvelles. Deux amis se sont mariés. On a vachement bien mangé. [CENSORED] s amies sont enceintes et les auteurs des bébés respectifs sont partis travailler au Brésil dans des ateliers de couture sordides et sans laisser d’adresse. Elles ne mangent pas bien du tout. Eux non plus d’ailleurs.

Un ami est mort à La Paz, tué à coups de pieds sans raison apparente. Il ne mange plus rien. Le président du pays, un socialiste de droite, doit tomber d’un jour à l’autre sous le poids de l’inflation et de la spéculation mais s’accroche au pouvoir comme un chien à son os. Après sa chute, il continuera sans doute de manger.

Nous sommes suspendus dans un environnement impressionnant. Vers le haut, des dalles grises, des gendarmes rouges et noirs, des corniches, congères et bourrelets de neige verticale sont suspendus à la montagne. Vers le bas on aperçoit entre les brumes les crevasses du glacier. Plus loin, des collines vertes couvertes de champs de patates et du quinoa en fleur. Tout en bas, brillent les reflets célestes du grand lac Titicaca. Quelques cumulus blancs en forme de choux-fleurs bouillonnent au dessus des cimes du Jallywaya Kunka.

Deux longueurs plus tard les nuages sont devenus noirs, les reflets célestes ont disparu et avec eux la poésie du paysage. Le tonnerre gronde deux fois et une averse de neige se déverse sur le Jaqusiri et ses [CENSORED] s locataires. C’est une neige fastidieuse, composée de petites boules qui ressemblent aux petites boules qui parsèment les salons belges après que le chat ait attaqué à coups de griffes le polystirol qui enveloppait le frigo. Poussées par un sadisme certain, les petites boules s’organisent rapidement en coulées.

Celles-ci se répandent en glissant véloces dans les cheminées et couloirs de la paroi et s’insinuent dans les cols de chemise et les aisselles des humains présents.

Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs (cit.), nous pouvons continuer notre ascension. Une étroite vire nous porte au coeur ensoleillé d’un large entonnoir de neige raide suspendu dans la paroi. Il suffirait au Jaqusiri d’un éternuement pour nous précipiter dans l’abysse. Pour nous prémunir contre cette déplaisante éventualité, nous prenons soin de planter nos broches dans les plaques de glace qui affleurent ça et là.

Alors que le soleil se couche dérrière la pyramide pointue du Patapatani, l’oncle Roberto se catapulte au dessus de la dernière corniche. Il nous récupère. Nous arrivons. Jhonny s’assied prendre des photos, je suce un glaçon pour tromper la soif. Après quelques minutes de contemplation apathique, nous nous félicitons les uns les autres et réalisons qu’il est plus que temps de descendre.

-Famos, famos, s’exprime Roberto prononçant l’espagnol avec son accent si caractéristique

-Ratuki, ukax jach’a khunu qullu sinti thayawa, ajoute Jhonny en aymara (vite, cette montagne de neige est très froide)

L’arête faitiere de la montagne est impraticable et une descente rapide sur les neiges du versant Est nous dépose au coeur d’un vaste glacier. Il nous faut maintenant remonter, à la lueur des frontales vers le col glacé entre la Sentinela et le Jaqusiri lui-même. Il fait nuit et une belle lune ronde illumine les fantômes des cimes aux alentours.

La descente du col s’annonce compliquée. Des pentes vertigineuses de neige poudreuse s’interposent entre le bassin glaciaire et nos fatiguées personnes. Après avoir vainement cherché un becquet, Jhonny construit à coups de piolet un solide champignon de glace et un long rappel nous dépose enfin sur une surface horizontale plus accueillante. Deux heures de navigation à vue entre les séracs plus tard nous pouvons enfin nous affaler dans notre tente.

Le retour triomphal des chasseurs est quelque peu difficile et c’est après un long périple dans la benne d’un camion rempli de purin de lama que nous regagnons Peñas.

Photos suivront
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JCV
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MessagePosté le: Jeu Mar 31, 2016 2:56 pm    Sujet du message: Répondre en citant

BRAVISSIMO ! ! Laughing ok
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davide



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MessagePosté le: Lun Avr 11, 2016 4:40 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Ici quelques images de la dite paroi en question (par Nico Navarrete et Roberto Morales, qui l'ont escaladée un mois après nous).

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Notre voie sort sur le sommet de gauche, suivant une ligne plus sûre mais aussi plus difficile que la voie des Ecuatoriens.
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